DOSSIER SPÉCIAL DE B’NAI BRITH CANADA : Une crise nationale d’antisémitisme

La radicalisation en ligne et le conflit israélo-iranien à l’origine d’une hausse des incidents, selon un rapport annuel

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Le 27 avril 2026

OTTAWA – Le Canada est en plein cœur d’une crise nationale d’antisémitisme, selon la Ligue des droits de la personne de B’nai Brith Canada, qui vient de publier Le rapport annuel sur les incidents antisémites pour l’année 2025.

Pour plusieurs dans la communauté juive, cette conclusion n’aura rien de surprenant. Il s’agit là d’un triste rappel qu’il faut redoubler d’efforts pour lutter contre la propagation de la haine et du sectarisme dans notre société.

Le rapport doit servir d’avertissement sur le fait que la haine et l’extrémisme sont de plus en plus « banalisés », a déclaré Simon Wolle, directeur général de B’nai Brith Canada.

« Notre analyse des incidents antisémites survenus au cours de l’année dernière doit être considérée comme un signal d’alarme. La haine et l’extrémisme constituent une menace pour la démocratie et la société civile canadiennes, et pas seulement pour la communauté juive. »

Comprendre les chiffres

En 2025, B’nai Brith Canada a recensé 6 800 incidents antisémites. Cela représente en moyenne 18,6 incidents par jour.

Il s’agit du volume le plus élevé jamais enregistré par Le rapport depuis sa création en 1982.

Comparés aux années précédentes, les données de 2025 semblent particulièrement marquantes. Le nombre total d’incidents a augmenté de 9,4 % entre 2024 et 2025, et de 145,6 % entre 2022 — avant les attentats terroristes perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023 — et 2025. ­­­­

L’Ontario, les Prairies, le Canada atlantique et la Colombie-Britannique ont enregistré une hausse significative du nombre d’incidents signalés. Le Québec et l’Alberta ont quant à eux vu ce nombre diminuer.

La plupart des incidents se sont produits en ligne, renforçant une tendance qui s’est développée au cours des dernières années.

La recrudescence de la haine observée en 2025 était sans aucun doute liée, en partie, à la guerre au Moyen-Orient. Mais Richard Robertson, directeur de la recherche et des affaires publiques chez B’nai Brith Canada et auteur principal du Rapport, a déclaré que l’antisémitisme est devenu si omniprésent que ce conflit ne peut être considéré comme la cause principale de ce phénomène.

« Les théories du complot concernant les Juifs et l’influence juive au Canada ne sont plus réservées aux extrémistes radicaux », a-t-il déclaré. « Ces dernières années, et plus particulièrement en 2025, il est devenu évident que l’antisémitisme se normalise dans l’ensemble de la société canadienne. »

Robertson a déclaré que de nombreux « antisionistes » autoproclamés recourent à des clichés classiques qui ont traditionnellement servi à déshumaniser le peuple juif.

« Le fait est que lorsque la diabolisation des sionistes devient acceptable, voire populaire, ce sont les communautés juives qui en souffrent » a-t-il déclaré.

Une autre tendance à noter est l’essor constant des mouvements d’extrême droite, néonazis et accélérationnistes depuis le début de la pandémie, qui continue de contribuer à la recrudescence des incidents antisémites au Canada. Sur les réseaux sociaux, la négation de l’Holocauste est également devenue très populaire, notamment grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pour créer de fausses représentations d’événements historiques.

Les plusieurs exemples notables d’antisémitisme au Canada en 2025 comprennent :

  • Des associations étudiantes de partout au Canada ont participé en mars à une manifestation contre Israël avec des slogans et des pancartes contenant des messages antisémites.
  • Des candidats à l’élection fédérale de 2025, parmi lesquels figuraient des députés juifs, ont vu leurs affiches vandalisées par des graffitis antisémites, y compris des croix gammées (Hakenkreuzen).
  • En juin, un ancien avocat de la Ville d’Ottawa a vandalisé le Monument national de l’Holocauste en y inscrivant les mots « FEED ME », dans ce qu’il a par la suite décrit comme une tentative de comparer l’Holocauste au conflit à Gaza. Il s’agit là d’un exemple grotesque d’inversion de l’Holocauste.
  • En juin également, les organisateurs d’un cortège de la Fierté LGBTQIA+ à Montréal ont tenté d’empêcher un groupe juif de participer à l’événement.
  • Un homme juif se promenant dans un parc de Montréal a été agressé au mois d’août. Son agresseur a jeté sa kippa dans une flaque d’eau.
  • En septembre, deux synagogues d’Halifax ont été vandalisées par le dessin d’une croix gammée (Hakenkreuz), tandis que la façade d’un centre communautaire juif situé à proximité a été recouverte de la phrase « Les Juifs sont responsables pour le 11 septembre ».
  • En novembre, un bâtiment de l’Université McGill a été vandalisé avec l’inscription « Tuez tous les Juifs ».
  • Des sympathisants de l’État islamique (EI), également connu sous le nom de Daech, ont tenté de commettre un attentat terroriste au Canada. Les autorités ont indiqué que ces individus avaient été inspirés par un massacre commis par l’EI à Bondi Beach, en Australie, pendant la fête de Hanoukka en décembre dernier.

M. Wolle a déclaré que, bien que Le rapport vise à fournir des informations sur la propagation de l’antisémitisme et de la haine au Canada, il revient désormais aux dirigeants des trois niveaux de gouvernement à travers le pays de prendre des mesures, ainsi qu’aux forces de l’ordre.

« Le Canada dispose de nombreux outils pour faire face à cette crise de l’antisémitisme », a-t-il déclaré. « Nos conclusions soulignent la nécessité d’une approche pangouvernementale pour lutter contre la haine, l’antisémitisme et l’extrémisme au sein de la société canadienne. »

Tendances des incidents antisémites, répartition régionale (2025) :

  • Canada atlantique : 384 (en hausse) ;
  • Québec : 573 (en baisse) ;
  • Ontario : 3 194 (en hausse) ;
  • Prairies : 841 (en hausse) ;
  • Alberta : 677 (en baisse) ;
  • Colombie-Britannique : 847 (en hausse) ;
  • Les territoires – Yukon, Territoires du Nord-Ouest et Nunavut : 13 (en baisse) ;
  • Ensemble du Canada : 271 (en baisse).

Lorsque les incidents en ligne ne peuvent être attribués à une région spécifique, ils sont classés dans la catégorie « Ensemble du Canada. »