
2 juin 2026
TORONTO – Après que B’nai Brith Canada eut insisté pendant des mois auprès du Premier ministre Mark Carney pour qu’il s’adresse directement à la communauté juive au sujet de la crise nationale de l’antisémitisme, celui-ci a enfin donné suite à cette demande.
Le fait que le premier ministre ait choisi de s’adresser directement à la communauté est significatif, et nous saluons sa reconnaissance du fait que les Canadiens juifs sont ciblés de manière disproportionnée.
Cependant, dans le contexte d’une crise nationale d’antisémitisme sans précédent, alors que la communauté juive du Canada fait face à la pire vague d’antisémitisme depuis des générations, une simple reconnaissance sans mesures décisives n’est pas suffisante.
PAS UN PROBLÈME DE SENSIBILISATION
« C’était l’occasion pour le premier ministre de se montrer à la hauteur de la situation », a déclaré Simon Wolle, directeur général de B’nai Brith Canada, qui était présent lors de l’annonce.
« Au lieu de cela, les Canadiens ont entendu un discours qui décrivait davantage le problème qu’il ne s’y attaquait réellement. La communauté juive n’avait pas besoin d’une nouvelle reconnaissance du fait que l’antisémitisme sévit au pays ; nous avions besoin d’un plan à la hauteur de l’ampleur de la crise. »
« Le Canada n’est pas confronté à un problème de sensibilisation à l’antisémitisme. Le Canada a un problème d’antisémitisme. Le pays a été empoisonné par la haine des Juifs, et il nous faut un remède », a déclaré M. Wolle.
LE PACTE CANADIEN MANQUE À SES OBLIGATIONS ENVERS LA COMMUNAUTÉ JUIVE
Depuis les attaques terroristes menées par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, l’antisémitisme s’est banalisé au Canada. La gravité des incident motivés par la haine visant la communauté juive aurait été inimaginable il y a seulement quelques années. Des écoles et des synagogues juives ont été la cible de tirs à plusieurs reprises, des Canadiens juifs ont été violemment agressés, des étudiants juifs ont été harcelés et intimidés sur les campus, et des commerces juifs ont été vandalisés.
Dans son allocution, le Premier ministre a fait valoir à juste titre que le Pacte canadien est un échec pour la communauté juive.
« La réalité est encore plus grave », a déclaré M. Wolle. « Pour de nombreux Canadiens juifs, ce contrat civique a déjà échoué. Les institutions qui devaient les protéger ont trop souvent fermé les yeux. Les systèmes qui devaient intervenir ont trop souvent échoué. Les communautés juives à travers le pays en subissent les conséquences, jour après jour. »
UNE RÉACTION PLUS FERME EST NÉCESSAIRE
Bien que le premier ministre ait réitéré les récentes initiatives législatives et les investissements entrepris par le gouvernement pour lutter contre la haine au Canada, il n’a ni reconnu l’ampleur des défaillances systémiques qui ont permis à l’antisémitisme de prospérer, ni identifié ceux qui sont responsables d’inciter et d’alimenter l’antisémitisme à travers le pays.
Il n’y a pas eu d’engagement clair visant à mobiliser tous les ordres de gouvernement, les forces de l’ordre, les procureurs, les agences de sécurité, les établissements d’enseignement et la société civile autour d’une réponse nationale coordonnée. Il n’y a pas eu non plus de mesures immédiates susceptibles de rétablir la confiance de la communauté envers un gouvernement qui comprend pleinement la gravité de la situation.
« Nos enfants ne sont pas plus en sécurité aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier. Les menaces visant nos communautés et nos institutions restent tout aussi incontrôlées aujourd’hui qu’elles l’étaient hier. »
« Le soutien exprimé par le premier ministre à l’égard de la communauté juive est noté et bien accueilli, tout comme son annonce selon laquelle le Conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion commencerait ses travaux en se concentrant sur l’antisémitisme. À cette fin, le premier ministre a chargé le Conseil d’examiner l’ampleur, la portée et les causes de l’antisémitisme au Canada, ainsi que de mettre en œuvre une « approche pangouvernementale ». Ce sont deux priorités que B’nai Brith Canada a déjà exhorté le gouvernement à adopter. Cependant, il faut s’interroger sur la capacité et l’autorité de cet organisme à agir de manière significative. Le Conseil ne dispose ni du mandat ni de l’expertise nécessaires pour mener la lutte contre l’antisémitisme au Canada. »
« Nous ne considérons pas qu’un conseil constitue une avancée déterminante, surtout un conseil dont la mise sur pied a pris des mois. »
LUTTER CONTRE L’ANTISÉMITISME CONTEMPORAIN
Une stratégie sérieuse de lutte contre l’antisémitisme doit également reconnaître que l’antisémitisme a évolué et que les liens historiques entre les Juifs du Canada et Israël ne peuvent être ignorés.
Bien que la critique de tout gouvernement soit légitime, l’antisémitisme contemporain se manifeste de plus en plus par la diabolisation du sionisme, le déni du droit à l’autodétermination du peuple juif et l’application à l’État juif de normes qui ne sont imposées à aucune autre nation.
« Les manifestations antisionistes de l’antisémitisme sont de plus en plus normalisées et légitimées », a déclaré M. Wolle. « Un gouvernement ne peut lutter efficacement contre l’antisémitisme s’il refuse de s’attaquer à l’une de ses formes contemporaines les plus courantes. »
LA LIBERTÉ N’EST PAS UN PACTE SUICIDAIRE
B’nai Brith Canada rejette également l’idée, de plus en plus répandue, voulant que la haine doive être tolérée au nom des libertés fondamentales.
« La liberté n’est pas un pacte suicidaire ; nous ne pouvons tolérer l’intolérance », a déclaré M. Wolle. « Les libertés canadiennes n’ont jamais eu pour but de protéger l’intimidation, le harcèlement, la violence, la glorification du terrorisme ou le ciblage de communautés en raison de leur identité. La défense de la liberté nécessite la défense des valeurs qui la rendent possible. »
Le gouvernement doit également s’attaquer aux infrastructures idéologiques et organisationnelles qui alimentent la radicalisation et la haine.
« Nous ne pouvons pas continuer à couper les branches tout en ignorant les racines », a déclaré M. Wolle. « Il faut s’attaquer à la tête du serpent. Tout effort sérieux de lutte contre l’antisémitisme doit confronter les mouvements extrémistes, les réseaux, le financement et les organisations représentant l’ensemble du spectre idéologique qui propagent la haine, glorifient le terrorisme et radicalisent les individus contre les Juifs et contre les valeurs canadiennes. »
RECOMMANDATIONS DE B’NAI BRITH CANADA
B’nai Brith Canada continuera de réclamer un examen approfondi des entités extrémistes opérant au Canada ou exerçant une influence sur les Canadiennes et Canadiens, y compris les organisations et leurs filiales associées à des mouvements tels que les Frères musulmans. Lorsque les preuves justifient que ces entités soient inscrites sur la liste des organisations terroristes, notre gouvernement doit s’engager à le faire sans délai.
L.organisation demande également au gouvernement fédéral de :
- Mettre en place un groupe de travail national d’urgence sur l’antisémitisme. Ce groupe doit inclure des représentants des forces de l’ordre et de tous les niveaux de gouvernement afin d’assurer une réponse globale à l’antisémitisme qui menace les communautés juives du Canada ;
- Mettre en place une commission d’enquête, dotée des pouvoirs, de la portée et du mandat similaires à ceux d’une commission royale, afin d’identifier les causes fondamentales de l’antisémitisme qui empoisonne la société canadienne ;
- Traiter les attaques violentes contre les institutions juives comme un enjeu de sécurité nationale et, le cas échéant, comme des actes de terrorisme intérieur ;
- Appliquer pleinement la définition opérationnelle de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) au sein de l’ensemble du gouvernement fédéral ;
- Utiliser tous les mécanismes juridiques disponibles pour enquêter, poursuivre, expulser ou renvoyer les non-ressortissants qui soutiennent le terrorisme, se livrent à des actes criminels motivés par la haine, incitent à la violence ou menacent la sécurité publique ;
- Renforcer les contrôles et l’application des lois en matière d’immigration afin de garantir que les nouveaux arrivants adhèrent aux valeurs démocratiques, au pluralisme, à l’égalité et à la primauté du droit qui définissent le Canada ;
- Suspendre le financement fédéral des universités et des établissements publics qui ne protègent pas les étudiants juifs et n’appliquent pas de mesures contre le harcèlement, l’intimidation, la discrimination et la haine ;
- Mener une enquête nationale sur les organisations, les réseaux et les entités qui promeuvent, financent, facilitent ou légitiment les idéologies extrémistes.
En ce qui concerne le financement des universités et des établissements publics, Wolle soutient que l’argent des contribuables ne peut servir à « subventionner » des environnements où les étudiants juifs sont victimes de harcèlement, d’intimidation ou d’exclusion.
« Les institutions qui refusent de protéger les Canadiens juifs ne devraient pas s’attendre à ce que les Canadiennes et Canadiens continuent de financer cet échec. »
B’nai Brith Canada reste déterminé à collaborer avec le gouvernement pour faire face à cette crise. Cette coopération doit toutefois commencer par la reconnaissance immédiate des lacunes de la stratégie actuelle du gouvernement. Ce dernier doit se montrer prêt à agir de toute urgence pour mettre en place des solutions concrètes.
« La communauté juive n’a pas besoin de plus de discours ni de condamnations », a déclaré M. Wolle. « Les Canadiens juifs ont besoin d’actions concrètes. Nous avons besoin de dirigeants qui comprennent ce qu’il faut faire pour garantir notre sécurité et notre bien-être. »